L'autre condition pour s'accompagner soi-même
Celle-là je l'ai cachée.
L’introspection rendue possible par la profondeur, la surprise qui crée le besoin de comprendre, ne me semble pas toujours suffisante au changement. Les transformations sont silencieuses nous dit F. Jullien.
Pour la plupart. Il est des transformations qui nous mettent radicalement face à nos erreurs. Dans mon expérience, l’expérience du sentiment de honte ou de malaise, assumé, vécu tragiquement, fut des plus transformatrices, suivi d’un sentiment de libération salvateur.
Du sentiment de mal faire, d’échec, au sentiment d’avoir souvent mal fait, de s’e^tre mal dirigé, d’en avoir été responsable : la honte. Un dérivé de la culpabilité : je n’ai pas fait ce qu’il fallait faie. Ce n’est pas bien à : je m’en veux d’avoir agit ainsi, je ne me reconnais pas comme celle que je veux être. Ce sentiment parfois mal aimé. Parce qu’il vient parfois de l’extérieur alors qu’il ne devrait provenir que de son propre jugement, de rencontres entre parts de soi devenues incompatibles. Si la honte est bien la signature d’un jugement que je porte sur moi même, donc d’une auto évaluation, il ne devrait provenir que de nous-même. Sinon ce serait l’emprise d’une personne extérieure sur ce qui guide la perception qu’on a de nous même.. Définition. Si dans les milieux de l’accompagnement, les émotions propices au changement sont souvent associées à la tristesse et à la colère. Pleurer peut sembler parfois une voie de libération, il est moins souvent évoqué le rôle potentiel du sentiment de honte dans la nécessité de changer. Mal aimé. Ne va pas avec l’accompagnement au changement qui tend vers un mieux; Pourtant, la honte est justement le fait de percevoir en soi quelque chose dont on ne veut plus, que l’on rejette, que l’on reconnait avoir ressenti ou fait, et qui nous est difficile à accepter depuis le regard que l’on porte sur soi dans le présent.
Dans ce cas de figure, c’est seulement seule que je pus faire face à cette honte. Eprouvant de la honte face à autrui, j’eus vite fait de me justifier pour protéger ma face (goffman). Ce sentiment de honte n’était pas de mon fait. Subissant le regard d’autrui, je subissais la honte et m’en sentais victime. Ce ne pouvait être un vecteur de transformation. Je pense à cette dame dont j’ai croisé le chemin ce matin qui m’a demandé de lui acheter un gâteau à la boulangerie. « Je n’ai pas mangé depuis hier, j’ai faim ». « La honte » ajouta-t-elle en me regardant. Ce sentiment de honte là n’était pas nécessairement germe de transformation.
Différent de la honte qu’on ressent dans l’instant, dans une relation, là on parle de la honte quand à son passé. Si j’éprouve de la honte par rapport à mon passé et accepte de la ressentir, je vais ressentir aussi, assez rapidement, que je ne suis plus cette personne, ou plus totalement. Puisqu’à l’époque je n’avais pas honte et que maintenant j’ai honte. Ainsi, le sentiment de honte devient salvateur car il m’indique que je suis passée à autre chose par le rejet que j’éprouve déjà dans mon corps présentement.
C’est seule uniquement que je pus me plonger dans l’épreuve de ce malaise provoqué que fut le rejet de ma propre personne. D’une partie de ma personne. Je n’étais pas juste victime de ce passé gênant, c’était bien le récit de ma vie, de mes choix qui avaient mené à ces actes que je condamnais aujourd’hui tout en m’en reconnaissant la responsabilité. je n’avais pas toujours agi comme je le pensais bon aujourd’hui. Pour autant, par le passé, j’avais pensé faire au mieux. Ressentir la honte fut salvateur. Par ressentir j’entends prendre conscience du ressenti et le laisser teinter notre perception du monde. Plus précisément, ce mouvement de traversée sensible que je définis comme : « « Ce seul mouvement crée en soi une perception modifiée de mon vécu. Si je reste présente à ce que je ressens dans l’instant, non pas à partir dans mon imaginaire, mais bien présente dans mes ressentis corporels de l’instant et de mon environnement immédiat, je vais à la fois ressentir une honte présente perçue par rapport à un événement passé et une honte qui est en soi le refus de ce qui fut fait par le passé. Si la honte est rejetée, je pourrai recommencer et avoir honte à nouveau dans des circonstances similaires. Si je ressens pleinement ma honte, il se peut que je ressente aussi que tout cela est de l’ordre du passé. Si je ressens ma honte au point de ressentir en quoi elle est le signe que quelque chose n’a plus sa place, ne veut plus être en moi. Pour cela, implique de laisser la honte me traverser au point de la ressentir jusqu’à ce niveau de compréhension très incarné. La honte, dérivé du dégout, est en soi le rejet de quelque chose. Si je rejette, c’est que je ne veux pas-plus. Si je me laisse traverser par tout ce que draine ce sentiment, si je l’accepte pleinement, il se peut que je m’ouvre à la possibilité d’un changement dans l’instant de cette compréhension : tout cela n’est plus, ne veut plus être en moi, c’est du passé. Alors, la honte, puissant juge évaluateur, se fait aussi mode d’emploi de l’ajustement, du changement souhaité. Par l’acceptation du vécu de ce sentiment, je passé déjà à autre chose.
Eprouver ses ressentis au point de les intégrer à nos processus décisionnels est l’enjeu de mes recherches sur ce que j’ai appelé la traversée sensible. J’appelle plasticité sensible notre capacité à évoluer entre implication et mise à distance de nos ressentis de manière suffisamment fluctuante pour pouvoir, dans un mouvement quasi-simultané, ressentir et interroger nos ressentis. Il ne s’agit pas tant de les analyser pour leur donner un sens qui nous ramènerait trop rapidement à nos habitudes de pensées passées. Il s’agit plutôt de se percevoir en train de ressentir afin d’évoluer avec et dans cette capacité d’ajustement à notre monde que sont nos ressentis-émotions.Apprivoiser les mouvements par lesquels se font nos gestes plutôt que les repousser trop vite ou les laisser nous embarquer sans conscience.
La honte est l’indicateur d’un changement profond. Porte en soi le germe du changement. Bien sur que dans un monde parfait elle ne serait pas nécessaire puisqu’elle indique le décalage et le désaccord avec soi même. Mais… laisser moi vivre ! Je serai moins dangereuse que si je refoule ces réalités dans l’ombre jusqu’à en éclater dans la violence. L’harmonie est mouvement de la marche entre rejet et attraction après tout.
omment parler d’auto évaluation aboutie si l’évaluation qui dérange n’est pas intiment envisagée et acceptée. N’est-elle pas d’ailleurs le moteur essentiel de la remise en cause de ses pratiques ? L’évaluateur extérieur au rôle délicat le sait bien. Savoir dire et faire entendre ce qui ne va pas est art central de l’évaluation.
De la honte à la nécessaire introspection (bouton) ou retour en arrière