L'écriture introspective
J'écris parfois d'une manière qui me libère, m'apaise et m'émeut tout à la fois. C'est dans le façonnage d'années d'écriture libre que j'ai découvert ce trésor. Il était enfoui sous des couches d'écriture à me raconter pour le seul plaisir de me voir intéressante en ce miroir de mon récit.
En quoi cette manière d'écrire est différente des autres journaux de bord et intimes ?
Le journal de bord qui m'accompagne sert-il mes recherches ou mon insatiable désir d'introspection ? Sert-il ma santé retrouvée ou mon désir de laisser trace ? Sert-il mon mieux être ou mon désir de transformation sans but ?

A l'origine,
Il fut un temps où ma manière d’écrire se teinta de références anthropologiques (Bateson, Mead, Weber). Je noircissais un journal de bord. Cet outil de recherche devint un journal intime-thérapeutique. Je devins mon propre « cobaye ». J’enrichis ce journal de mes préoccupations de vie : « Comment nous transformons-nous intimement ? Pouvons-nous vraiment changer ? Dans quelle mesure ? Faut-il souffrir pour apprendre ? Quelle place aux émotions dans tout cela ? Que faire de celles qui font mal ? »
Je devins mon thème d’expérimentation scientifique, le seul que je savais explorer intimement et durablement.
1. J'écris en écoutant mes ressentis et les idées qui me viennent par associations libres.
Ce que je présente est du domaine de l’heuristique. Cette manière d'écrire que je veux partager avec vous ne me sert pas principalement à conserver une trace de mon passé (même s'il m'arrive de me relire). Elle ne me sert pas non plus à trouver de la cohérence dans le récit de ma vie.
Au contraire, aucun fil tangible n'oriente la direction de ce que j'écris. Je n'écris pas dans un lien de cause à effet. J'aurais une très mauvaise note en dissertation avec ce type d'écrits. J'écris les idées et sensations provoquées par les mots qui se découvrent sous mes doigts. Un mot me rappelle un souvenir : je l'écris. Un mot provoque une sensation : je l'écoute et la décris comme je peux. Un souvenir en appelle un autre : je l'écris aussi. Je ne chasse pas les liens fortuits pour poursuivre le fil directeur de mes pensées. Au contraire, j'attrape ces liens qui se font par associations spontanées. Il me faut pour cela lâcher les suites logiques que j'avais en tête. Le mieux pour cela est de me mettre à écrire sans trop savoir où je veux aller en écrivant. Je pars souvent d'une sensation remuante.
Mon récit se fait expérience vitale de compréhension immédiate dans les liens inédits ramenés par l’écriture. Il y a une direction qui se découvre en chemin, à chaque nouvelle idée et/ou sensation provoquée. Je poursuis les liens qui se font entre les souvenirs et ce que j'en écris.

2. Je pose mes écrits et je vaque à mon quotidien en étant à l'écoute des liens qui se font entre mes écrits et mon expérience quotidienne
Ce n'est pas tout. Lorsque je décide d'entrer dans une phase introspective où je suis ma propre accompagnatrice, je poursuis les liens entre ce que j'écris et ce qui se passe dans ma journée en parallèle.
Je pose un thème à l'écrit, une question ou une douleur sans nom. J'écris dessus, puis je délaisse mes écrits et vais à mes occupations quotidiennes. La préoccupation du thème posé à l'écrit reste en veille en moi. Je reste en observation plus ou moins consciente de tout ce que je vis qui se rapporte à ce thème. Je laisse la vie me montrer des liens. Telle une princesse de Sérendip, je laisse les heureux hasards me faire réenvisager mon problème autrement. En étant attentive dans ma vie quotidienne à ce thème remuant, c'est aussi souvent l'occasion d'en voir plus sur ce qui me touche et me blesse dans le thème posé et tout ce qui s'y rattache. Je ne cherche pas à comprendre. Je reste en observation de ce qui survient en lien avec ce thème. C'est puissant. La vie m'apporte dans les heures qui suivent toutes les compréhensions dont j'ai besoin lorsque je suis prête à voir : lorsque je ne veux plus accuser la terre entière des mes maux mais suis prête à voir en quoi ma perception est impactée par ma manière de percevoir. Alors, dès que je peux, je retourne à mes écrits pour écrire avec ces nouvelles compréhensions. Je peux ainsi alterner séquences d'écriture et séquences de vie active autant que j'en ai l'envie.
La seule condition est de ne pas chercher à tout résoudre. Je ne dois pas chercher à tout résoudre par écrit en questionnant chaque détail. L'écriture doit rester libre et fluctuante, au gré des associations, et non pas entrer dans une analyse causale trop poussée.
Je ne dois pas non plus observer tous les liens de mon quotidien dans une quête avide de résolution. Puisque j'ai posé le thème à l'écrit, j'oublie ce que j'ai écrit et je laisse les événements de mon quotidien me rappeler à ce que j'écrivais, alors que je n'y pensais plus. Si je reste concentrée su rmon thème et regarde mon quotidien en train de se dérouler à partir de mon thème posé, il ne se passe rien de surprenant. Je ne vois que ce que je pensais déjà. Tout s'éteint.
Cette expérience, pour être apprentissage sur moi doit être découverte dans la confiance de ce qui se montre sans plus y penser. Il me faut faire confiance en l'efficacité de ce dispositif. Si j'oublie totalement mon thème posé à l'écrit et que rien n'en sort, tant pis. Cela n'arrive presque jamais. Avec le temps, l'habitude, les automatismes, tout en moi connait le chemin, et les associations se font très facilement. Cela s'apprend dans l'expérience répétée je crois.
3. Mes rêves sont l'occasion de riches associations-compréhensions
,Enfin, je poursuis aussi les liens qui se font entre le thème qui m'occupe et les rêves dont je me souviens. Ayant pris l'habitude de noter mes rêves au matin, mes rêves se font plus fréquents à ma mémoire dans ces phases introspectives. Il m'arrive de me réveiller la nuit pour me les remémorer. Je me les raconte lorsque je viens de les faire. Ainsi, au matin, ils sont encore présents et je peux en prendre note. Les rêves sont si fugaces. Ils semblent fait pour être oubliés tout autant qu'être attrapés par celle ou celui qui le désire profondément.
J'ai appris à analyser mes rêves et ils me guident finement. Je garde à l'esprit que ce qu'ils me racontent, tout aussi passionnant que cela paraisse, est le reflet de mes croyances intimes du moment, et non une réalité immuable.
4. Je peux aussi me faire accompagner par une personne extérieure
Il se peut aussi, si la phase introspective est profonde et délicate, que je me fasse accompagner par une personne experte en accompagnement thérapeutique. Il existe des zones d'ombre que je n'aurais pas le courage d'explorer seule. L'accompagnement par un tiers extérieur se fait alors en parallèle de l'introspection que j'accompagne par moi-même. Les effets s'en démultiplient et mon monde change profondément pour se faire plus en accord avec mes désirs profonds.
En synthèse, ce qui est le fil directeur qui guide l’écriture est la force du ressenti et de l’évocation imaginaire. Une pensée ou un souvenir s’appelle avec force ? Un mot surprend ? Une émotion surgit sans raison ? Suivons ce fil.
Je suis ce fil jusqu'au sentiment d’un ordre sensible intérieur. Je le sais lorsque je n'ai plus besoin de fuir ce que je ressens dans l’instant. Je peux rester quelques secondes tranquille, sans rien faire d'autre, avec ce que je vis.
Mon explication,
Saisir ce kairos implique d’en être l’acteur principal. Il est des expériences bouleversantes et décisives qui revêtent un caractère miraculeux tant les éléments s'y réunissent dans une configuration parfaite. Cette configuration est harmonie dans l’instant entre la perception de mon expérience immédiate, ce que je m'en raconte et l'acceptation de ce que j'en ressens. C'est donc ce que je m'en raconte qui est atteint pricipalement. Mais parfois aussi, l'enjeu est d'accepter ce que j'en ressens.
Mettre à jour un décalage entre ce que je me raconte de mon expérience et ce qu’un événement extérieur m'en fait percevoir parce que je me mets en posture d'observation curieuse de mon vécu, est la clef de mes réajustements intérieurs. Je me rédécouvre sous un autre jour. Avec surprise. Grâce à une nécessaire phase de confusion. Je brouille les cartes de ma compréhension. Ce n'est pas naturel à notre société qui recherche l'ordre en tout. Cela se rédécouvre cela aussi. J'y accompagne ceux qui le souhaitent. Un objet médiateur entre ce que j'expérimente et l'histoire que je m'en raconte est indispensable pour décaler mon regard. Cet objet médiateur disruptif peut être une personne qui m'accompagne, une parole entendue, un geste libre fait sans but, une image choisie au hasard, une expérience artistique ou poétique. J'ai développé la méthode précise et les phases de cette expérience dans mes recherches. J'y forme les accompagnateurs qui souhaitent accompagner des transformations. Je propose aussi d'accompagner individuellement ceux qui le souhaitent.
Cette manière de faire s'appuie sur des conceptions théoriques du vivant et des observations scientifiques dont je rends compte dans "la pédagogie sensible".
J'avais déjà fait l'expérience de décaler mon regard sur moi grâce à un objet médiateur : la peinture d'une fresque. En l'occurence, il s'agissait de décaler mon regard sur le vécu de maux chroniques dont je souffrais depuis longtemps. Ce qui fait que cette expérience fut bouleversante et que j'en pris note. C'est le sujet de "La traversée sensible".
Découvrez ce monde intérieur,
Mais ce que je voudrais désormais, c'est partager cette manière de m'accompagner que j'ai déployée depuis l'écriture de "la traversée sensible". J'ai pris confiance en ma manière de m'écouter et me façonner dans mes ressentis. C'en est devenu une pratique. Cette pratique m'a occupé durant neuf mois d'introspection qui ont achevé d'apaiser ces maux chroniques et ont transformé mon quotidien dans plus d'harmonie et moins de questions.
J'ai voulu expliquer les rouages de cette pratique sur cette page. Sans exemples, cette manière de s'accompagner est difficile à saisir. Ce pourquoi je vous la raconterai dans "Entrez dans ce monde intime". Prochainement. J'ai pris note de certaines de mes expériences, comme à mon habitude. Ce sera le temps de reprendre ces notes pour en faire un parcours immersif à lire.
